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Inventaire d'une ludothèque : la méthode complète pour 2026

Méthode pas-à-pas pour réussir son inventaire ludothèque en 2026 : préparation, scan code-barres, traitement des composants manquants et désherbage.

Par Nicolas Deleplace Publié le 15 avril 2026 9 min de lecture

Interface Cubelya écran inventaire d'une ludothèque avec exemplaires et fiche détaillée d'un jeu

L'inventaire d'une ludothèque, c'est l'opération la plus repoussée et la plus redoutée du métier. Pourtant, c'est ce qui permet de savoir, à un instant donné, ce que possède réellement la structure, dans quel état, et où. Sans inventaire fiable, impossible de répondre à une commune qui demande la valeur du fonds, ni de retrouver l'exemplaire d'un jeu manquant, ni de désamorcer un conflit avec un adhérent.

Bonne nouvelle : avec une méthode claire et les bons outils, un récolement annuel de 1 500 jeux se boucle en deux journées à deux personnes. Voici le protocole utilisé par les ludothèques qui ont arrêté Excel.

Pourquoi l'inventaire ne se résume pas au catalogage

L'inventaire d'une ludothèque recouvre en réalité deux opérations qu'on confond souvent : le catalogage (référencer ce que vous possédez) et le récolement (vérifier que ce qui est référencé est bien là). Les deux sont indispensables, mais leur logique est différente.

Inventaire physique et catalogue informatique

Le catalogue informatique recense chaque jeu et chaque exemplaire avec ses métadonnées : titre, auteur, éditeur, âge, durée, code-barres, numéro interne, emplacement, état. Il évolue à chaque acquisition, à chaque retour, à chaque incident.

L'inventaire physique, lui, consiste à passer en revue le fonds matériel et à confronter ce que vous voyez à ce que dit le catalogue. Tant que la confrontation n'est pas faite, le catalogue n'est qu'une déclaration : il dit ce que vous croyez avoir, pas ce que vous avez.

Le récolement, un terme à connaître

Le récolement est le terme professionnel emprunté à la bibliothéconomie. Il désigne précisément l'opération de vérification physique exhaustive : contrôler l'intégrité des collections en comparant la collection physiquement présente à la collection théorique indiquée par le registre d'inventaire.

Pour une ludothèque, le récolement répond à trois questions concrètes :

Les trois risques d'une ludothèque sans inventaire à jour

Une structure sans récolement régulier accumule trois dettes silencieuses :

  1. Dette financière : impossible de défendre la valeur du fonds devant une mairie, une CAF ou un mécène. Vous facturez l'invisible.
  2. Dette de confiance : un adhérent vous reproche d'avoir « perdu » son emprunt, vous ne pouvez pas trancher. Inversement, un jeu perdu par un adhérent passe sous le radar.
  3. Dette opérationnelle : vous achetez en double ce que vous avez déjà, ou vous ne renouvelez pas un classique disparu depuis deux ans.

La méthode en 6 étapes pour un inventaire fiable

Voici le protocole utilisé par les ludothèques qui ont professionnalisé leur gestion. Compté en heures pour un fonds de 1 000 à 2 000 jeux.

Étape 1 — Préparer la session

Bloquez deux jours consécutifs, idéalement en période de fermeture (août, vacances scolaires). Mobilisez deux personnes : une qui scanne, une qui valide à l'écran. Préparez le matériel : scanner code-barres USB ou bluetooth, ordinateur portable, étiquettes vierges, marqueurs indélébiles, sacs pour les jeux à reconditionner.

Avant de commencer, exportez la liste théorique des exemplaires depuis votre logiciel : c'est votre référentiel. Sur Cubelya, cette liste est générée en un clic depuis l'écran inventaire.

Étape 2 — Étiqueter les exemplaires qui le nécessitent

L'étiquetage n'est pas systématique. Tant qu'un jeu n'existe qu'en un seul exemplaire dans votre fonds, le code-barres EAN imprimé sur la boîte par l'éditeur suffit : votre logiciel l'identifie de manière unique.

L'étiquette propre à votre ludothèque devient nécessaire dès le deuxième exemplaire du même jeu. Sans identifiant interne distinct, impossible de différencier l'exemplaire prêté à Mme Durand de celui qui est en rayon. La règle est simple :

Posez l'étiquette toujours au même endroit (en bas à droite de la face avant, ou au dos), au même format, pour que les scans s'enchaînent vite lors des récolements futurs.

Étape 3 — Cataloguer dans un outil unique

Chaque jeu doit être saisi une seule fois, dans un seul outil. La cohabitation d'un Excel personnel, d'un cahier de prêt papier et d'un logiciel partiel est la source numéro un d'erreurs.

À ce stade, complétez les métadonnées qui rendent vos jeux retrouvables : âge minimum, durée, nombre de joueurs, classification ESAR si vous la pratiquez, emplacement physique. Plus vous documentez en amont, moins vos adhérents et vos collègues passent de temps à chercher.

Étape 4 — Procéder au récolement

Le récolement à proprement parler. Vous parcourez les rayonnages dans l'ordre des emplacements, vous scannez chaque exemplaire présent, votre logiciel pointe les présences. À la fin de la session, le système produit trois listes :

C'est cette troisième liste qui demande enquête : ont-ils été oubliés en sortie d'animation, vendus lors d'une braderie sans tracer la sortie, perdus par un adhérent l'an dernier sans saisie ?

Étape 5 — Retirer les jeux trop abîmés ou obsolètes

Toute ludothèque accumule des jeux qui ne servent plus : composants définitivement perdus, plateau cassé, règle introuvable, éditeur tombé en désuétude, jeu cliniquement dépassé par une réédition. Les retirer du fonds est une étape technique du métier, parfois appelée « désherbage » en bibliothéconomie.

Quelques critères concrets pour décider :

Tracez chaque retrait dans le logiciel (statut « retiré » ou « détruit », raison, date). Vous garderez l'historique, utile pour les rapports annuels et les bilans CAF.

Étape 6 — Maintenir l'inventaire au quotidien

L'inventaire annuel ne suffit pas. Trois gestes quotidiens font la différence :

C'est ce filet quotidien qui rend le récolement annuel rapide. Une ludothèque rigoureuse au quotidien boucle son récolement en deux jours. Une ludothèque qui rattrape un an d'arriéré en mettra cinq.

Code-barres, étiquettes et numéros : les bonnes pratiques

Le système d'identification physique conditionne tout le reste. Une mauvaise convention au départ coûte des années de friction.

Code-barres EAN ou numéro d'inventaire maison ?

Les deux logiques coexistent légitimement.

Le code-barres EAN imprimé d'origine sur la boîte par l'éditeur est unique au niveau mondial. Si vous n'avez qu'un exemplaire d'un jeu donné, il suffit. Votre logiciel reconnaît le jeu et les informations détaillées (illustration, durée, âge conseillé, nombre de joueurs) arrivent automatiquement depuis une grande base internationale de jeux.

Le numéro d'inventaire interne (CUB-014237 par exemple) devient nécessaire dans trois cas :

  1. Vous avez plusieurs exemplaires d'un même jeu et devez les distinguer.
  2. Le jeu n'a pas de code-barres (jeux anciens, jeux du monde, jeux d'artiste).
  3. Le code-barres EAN d'origine est illisible, masqué ou dégradé.

Convention recommandée : un préfixe court (CUB-, LUDO-, etc.) suivi d'un identifiant numérique séquentiel ou d'un hash court. Pas d'année dans le numéro (ça vieillit mal).

Où placer l'étiquette sur la boîte

Un emplacement unique pour toutes les étiquettes, idéalement face avant en bas à droite (ou face arrière selon vos rayonnages), accélère drastiquement le scan en récolement. Au-dessus du film plastique si le jeu est filmé, en évitant les zones où l'illustration de la boîte est essentielle.

Sur les jeux surdimensionnés ou les jeux à composants multiples (Risk, Carcassonne Big Box…), une étiquette sur la boîte et un marquage discret sur chaque composant majeur évite de perdre des pièces lors des animations hors les murs.

Quel matériel pour scanner sans s'épuiser

Un scanner USB simple à 30-50 € fait l'affaire pour une session de récolement annuelle. Pour les ludothèques actives, un scanner bluetooth (~80-120 €) permet de circuler dans les rayonnages sans fil. Évitez les apps smartphone pour le récolement intensif : la lecture est plus lente et la batterie tombe en deux heures.

Composants manquants et retrait des jeux abîmés

Deux opérations spécifiques font la différence entre un inventaire de surface et un inventaire de pro.

Le contrôle au retour, pierre angulaire de l'inventaire vivant

Vérifier le contenu d'un jeu au retour est fastidieux mais indispensable. Sans contrôle au retour, vous découvrez les composants manquants des semaines plus tard, sans pouvoir remonter à l'emprunteur. Avec contrôle au retour, vous tracez et vous responsabilisez.

Trois pratiques qui fonctionnent :

Un logiciel métier permet de marquer une fiche « composant manquant » rattachée à un emprunt précis : preuve neutre en cas de désaccord avec l'adhérent. Cette traçabilité, croisée avec la gestion fine des emprunts, désamorce les conflits.

Quand retirer un jeu (et comment le tracer)

Retirer un jeu du fonds actif est une décision documentée, pas un geste d'humeur. Posez-vous les questions :

Si vous décidez le retrait, tracez systématiquement : date, raison, destination (poubelle, don, vente brade, conservation hors fonds). Le rapport annuel à votre tutelle ou financeur s'appuiera sur ces traces.

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Pour aller plus loin, consultez notre guide complet pour choisir un logiciel de ludothèque ou notre article sur les alternatives à Ludopret en 2026.

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