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Ouvrir un espace jeux dans une médiathèque : questions pratiques

Un espace jeux dans une médiathèque soulève des questions que les bibliothécaires n'ont pas l'habitude de traiter : classification ESAR, limites du SIGB, gestion des adhérents partagés. Guide pratique avant l'ouverture.

Par Nicolas Deleplace Publié le 25 juin 2026 9 min de lecture

Espace de jeux de société dans une médiathèque moderne avec des familles qui consultent les boîtes sur des étagères lumineuses

Ouvrir un espace jeux dans une médiathèque : questions pratiques

De plus en plus de médiathèques ouvrent un espace jeux de société. La logique est claire : le jeu attire des publics qui ne fréquentent pas toujours les rayons livres, favorise la mixité intergénérationnelle et s'inscrit dans les missions de médiation culturelle des équipements publics.

Mais ouvrir un espace jeux dans une bibliothèque soulève des questions pratiques que les équipes de médiation n'ont pas l'habitude de traiter. Un jeu n'est pas un livre : il a des composants qui peuvent manquer, une cote ESAR distincte du système Dewey, et un usage qui implique parfois des animations ou des séances d'initiation.

Voici les questions concrètes à régler avant l'ouverture - et les choix à faire pour bien démarrer.

Pourquoi les médiathèques ouvrent des espaces jeux

Le jeu de société connaît depuis 2010 une croissance soutenue. En France, le marché dépasse aujourd'hui 600 millions d'euros par an, avec plusieurs milliers de nouveautés chaque année. Les familles achètent davantage de jeux, mais toutes n'ont pas les moyens d'en renouveler régulièrement la collection.

Pour une médiathèque, l'espace jeux répond à plusieurs missions à la fois :

L'Association des Ludothèques Françaises (ALF) accompagne les structures qui souhaitent ouvrir un espace jeux dans le cadre d'un équipement culturel existant. Des journées de formation sur la classification ESAR et l'accueil jeux sont organisées régulièrement.

Les étapes pratiques avant l'ouverture

Ouvrir un espace jeux dans une médiathèque ne s'improvise pas. Voici les questions à régler en amont.

Définir la taille et l'emplacement de l'espace

Un espace jeux nécessite de la surface : des tables et des chaises pour jouer sur place (accueil libre), des étagères adaptées aux boîtes de différentes tailles, et un espace accessible aux familles avec poussettes si la cible inclut les tout-petits. Prévoir idéalement entre 30 et 80 m² pour un premier espace.

Choisir la classification

Les médiathèques classent leurs collections selon le système Dewey ou l'indexation UNIMARC. Les jeux de société utilisent un système différent : la classification ESAR (Exercice, Symbolique, Assemblage, Règles), conçue pour les ludothèques et basée sur le développement psychologique de l'enfant.

Les deux systèmes coexistent sans problème : les livres gardent leur cote Dewey, les jeux reçoivent une cote ESAR. L'étiquetage physique des boîtes est différent des livres (étiquette sur le dessus ou sur le côté de la boîte selon la taille).

Pour les jeux modernes à mécanique complexe - Wingspan, Catan, Pandemic - l'ESAR de base place tout dans la catégorie R (Règles), sans distinguer la difficulté ou le type de mécanique. Ajouter des tags complémentaires (coopératif, stratégie, durée estimée) enrichit l'utilité de la classification sans rien reclassifier. Voir l'article ESAR et jeux modernes : comment enrichir la classification.

Constituer la collection de départ

Une collection de départ de 80 à 150 jeux bien choisis vaut mieux qu'un fonds de 300 titres inadaptés au public local. Quelques repères :

Former l'équipe

La médiation autour du jeu est différente de la médiation autour du livre. Savoir orienter vers « un coopératif pour 4 joueurs, 45 minutes » ou « un jeu d'initiation sans lecture » est une compétence qui s'acquiert. L'ALF propose des formations courtes (1-2 jours) spécifiques à l'accueil jeux en médiathèque.

Définir les règles de prêt

Durée de prêt (souvent 3 semaines, comme pour les DVD), nombre de jeux simultanément empruntables, politique de caution pour les jeux à composants coûteux, procédure en cas de pièce manquante au retour - autant de règles à fixer avant d'ouvrir. Pour la gestion des composants manquants, voir Gérer les composants manquants en ludothèque.

SIGB ou logiciel dédié : gérer les jeux concrètement

C'est la question qui revient le plus souvent dans les médiathèques qui ouvrent un espace jeux : peut-on gérer les jeux avec le SIGB existant (PMB, Koha, BiblioMaker), ou faut-il un outil séparé ?

La réponse honnête : ça dépend de la taille de la collection et de l'ambition de l'espace jeux.

Quand le SIGB suffit

Pour une collection de moins de 150 jeux, avec un emprunt principalement sur place et peu d'animations autonomes, le SIGB peut suffire. PMB propose un module ludothèque qui intègre la cote ESAR et quelques fonctions spécifiques. Koha et BiblioMaker peuvent gérer des notices jeux avec des champs personnalisés.

C'est une option viable au démarrage, surtout si l'espace jeux est géré par les mêmes agents que le reste de la médiathèque.

Quand le SIGB montre ses limites

Dès que la collection dépasse 150-200 jeux et que l'activité de prêt devient significative, cinq limites apparaissent régulièrement :

Pour une analyse complète de ces cinq limites, voir l'article PMB, Koha, BiblioMaker en ludothèque : pourquoi les SIGB ne suffisent pas.

Adhérents partagés ou distincts : le bon modèle

Dans une médiathèque qui ouvre un espace jeux, la question des adhérents est souvent la plus délicate : faut-il une inscription séparée pour emprunter des jeux, ou les membres existants accèdent-ils directement à la section jeux avec leur carte habituelle ?

L'inscription unique : le modèle le plus simple

La majorité des médiathèques choisissent l'accès avec la carte médiathèque existante. C'est le modèle le plus simple pour les usagers et pour l'équipe : pas de double démarche, pas de double fichier. Le SIGB enregistre les prêts de jeux comme il enregistre les prêts de livres.

Cette approche fonctionne bien tant que la section jeux reste intégrée dans la médiathèque et gérée par la même équipe avec les mêmes horaires.

Quand la section jeux devient autonome

L'espace jeux peut à terme fonctionner avec ses propres horaires, ses propres bénévoles ou animateurs, ses propres financements (CAF, collectivité, cotisations spécifiques). Quand cela arrive, gérer les membres uniquement via le SIGB devient problématique : les statistiques propres à la section jeux sont noyées dans les données globales de la médiathèque, et les relances ou la gestion des cautions ne peuvent pas être isolées.

C'est à ce moment qu'un logiciel dédié à la section jeux devient pertinent. Certains logiciels comme Cubelya permettent d'importer le fichier adhérents existant depuis le SIGB (export CSV) pour éviter toute re-saisie au démarrage. Les membres médiathèque sont intégrés en quelques clics - et les nouvelles adhésions propres à la section jeux sont ensuite gérées directement dans l'outil dédié.

Ce modèle présente plusieurs avantages quand la section jeux grandit :

La transition se fait progressivement : le SIGB reste le référentiel pour les livres, le logiciel dédié prend en charge les jeux. Les deux cohabitent sans conflit.

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Foire aux questions

Faut-il une classification spécifique pour les jeux dans une médiathèque ?

Oui. Les jeux de société utilisent la classification ESAR (Exercice, Symbolique, Assemblage, Règles), conçue par des ludothécaires et basée sur le développement psychologique de l'enfant. Elle coexiste sans problème avec le système Dewey des livres : les jeux reçoivent une cote ESAR distincte, physiquement étiquetée sur la boîte, et le catalogue peut afficher les deux systèmes en parallèle.

Notre SIGB (PMB ou Koha) peut-il gérer un espace jeux ?

Pour une collection de moins de 150 jeux, oui. PMB dispose d'un module ludothèque avec prise en charge de l'ESAR. Mais dès que la section jeux grossit, plusieurs limites apparaissent : pas de gestion des composants pièce par pièce, pas de connexion à BoardGameGeek, relances impossibles à différencier des livres. Un logiciel dédié devient alors plus pertinent, sans remplacer le SIGB pour les livres.

Les adhérents médiathèque doivent-ils s'inscrire à nouveau pour emprunter des jeux ?

Non, dans la plupart des médiathèques : la carte existante donne accès à tous les fonds, y compris les jeux. Si vous optez pour un logiciel dédié à la section jeux, le fichier adhérents peut être importé depuis votre SIGB (export CSV) pour éviter toute double saisie. Seules les nouvelles adhésions spécifiques à la section jeux sont ensuite créées directement dans l'outil dédié.

Quand passer à un logiciel dédié pour la section jeux ?

Trois signaux indiquent qu'il est temps : votre collection dépasse 150-200 jeux et le suivi dans le SIGB devient difficile ; vos bénévoles peinent à utiliser l'interface bibliothécaire ; ou votre section jeux fonctionne de façon de plus en plus autonome (horaires, finances, animations propres). Un logiciel dédié comme Cubelya devient alors pertinent - et il cohabite avec votre SIGB pour les livres sans le remplacer.

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